_______________Blondie Il ne devait pas être loin de vingt-deux heures quand je suis sortie. J'avais pris soin de prévenir Lou pour qu'elle ne s'inquiète pas. La chaleur et la fumée étant devenu insupportable, je partie donc marcher pour m'isoler un peu. J'arrivais au croisement de la rue pour traverser, puis, entrais dans « Hyde Park ». La lumière était faible et après un moment d'adaptation, je pouvais marcher sereine. Cela permettait aussi à mes yeux de se remettre de tant de fumée. Le temps était d'humeur frileux, le mois de février étant un mois de grande fraicheur. J'avais laissé mon manteau chez de parfaits inconnus, mais qu'importe. J'arpentais les chemins de Hyde Park, tremblotante de froid. Le ciel était noir cette nuit là. Toutes les étoiles avaient préféré rester au chaud. Seule la lune éclairait faiblement. Pas un bruit ne venait déranger mon silence. Les arbres semblaient morts et les habitants animaliers du Park paraissaient inexistants. J'arrivais au lac et laissais mes yeux divaguer à mesure que l'eau trembler. Il faisait vraiment froid cette nuit là. L'eau aussi sombre que la nuit reflétait mon visage creusé par la fatigue. Je ne me reconnaissais plus. Mes cheveux blonds étaient en batailles et mes yeux, bouffis, par un manque de sommeil certain. J'avançais encore un peu de l'eau pour apercevoir ma silhouette. Mon corps frêle semblait ne tenir qu'à un fil, mes bras pendouillaient lestement le long de mon corps et mes jambes paraissaient me porter par obligation. Que je pouvais être pathétique. Je me refusais à accepter ce que j'étais devenu. Je baissais alors la tête pour ne plus avoir à subir mon reflet et tournais les talons. J'avançais à nouveau, l'esprit ailleurs quand j'aperçus une silhouette. Sa silhouette. Il était là, assis sur un banc, seul, à me regarder. Je m'approchais de lui, le pas trainant et m'assis à ses côtés. Nous sommes restés là un instant à contempler le vide. Aucun de nous ne bougeait. Je me tournais alors et le parcourus de mes yeux. Il était fin, son visage blanc et harmonieux. Ses cheveux noirs se balançaient au vent et ses yeux entourés de noir se perdaient dans la nuit.
« Que fais-tu seule à cette heure-ci ? »
« Le même chose que toi, je suppose »
A l'entente de ma réponse il se mit à rire doucement. Il était tellement beau.
Ses yeux plissés se tournèrent enfin vers moi et il arrêta peu à peu de rire pour me regarder. Son regard me transperçait, j'avais beau me faire violence pour détourner les yeux, rien n'y faisait. J'étais comme hypnotisée. J'arrivai enfin à me lever pour partir quand celui-ci se mit debout à son tour.
« Où vas-tu ? »
« Ailleurs ... »
Je m'apprêtais alors à partir quand il me rattrapa par le bras. Je me tournais alors vers lui pour lui demander de me lâcher, mais les yeux tournés en sa direction, ma voix refusa. Je restai tétanisée. Il plongea à nouveau ses yeux bruns dans les miens si bleus et semblait chercher la raison de mon départ.
« Ne pars pas si vite »
Ses mots me poignardèrent directement au c½ur. Que pouvais-je répondre ? En voyant que je ne bougeai pas, il se rapprocha de moi. Nos corps se touchaient à présent. Ses bras m'encerclèrent et m'obligèrent à me coller contre cet homme mystérieux.
« Pourquoi fais-tu ça Bill ? »
« A vrai dire, je ne sais pas »
Il arrivait même à me faire sourire. Je fermais les yeux et me laissais aller contre lui. Son odeur emplissait mes narines et semblait me faire planer. Comme une drogue, je partais peu à peu dans un monde imaginaire. Je le sentis se détacher doucement de moi et ses mains emprisonnèrent mon visage. Je levais les yeux à sa hauteur et le contempla. Une perfection. Ses mains froides sur mes joues les rendaient insensible. L'une d'elle se décrocha et partie promener ses doigts dans ma chevelure blonde. J'étais si bien près de lui. Comme un calmant, il m'apaisait. Je fermais à nouveau les yeux, berçais par ses caresses. Ses doigts s'éternisèrent sur ma nuque et ses lèvres emprisonnèrent les miennes sans que je ne puisse dire quoi que ce soit. J'ouvrais précipitamment les yeux et me détachais de lui. Surprise de son baiser, je m'enfuie. Sans me retourner, je me mets à courir vers la sortie. Je traverse la route et tourne au premier croisement. Essoufflée, j'arrive sur le perron de la maison. Je jette brièvement un coup d'½il à la fenêtre et aperçois Lou. Elle se lève du fauteuil sur lequel elle était assise et se dirige vers la sortie. J'entre alors et part à sa rencontre. Je pose doucement ma main sur son épaule et la surprend. Son verre éclabousse les danseurs qui la regardent amèrement. Elle se contente de les regarder méchamment et repose ses yeux sur moi.
« Je suis de retour. Désolé du temps que j'ai mis... »
Je détourne le regard gêné. Elle laisse tomber sa tête sur le côté comme pour me sonder. Je reprends.
« Tu es sure que ça va ? »
Je l'affronte de nouveau. Elle se contente de hocher la tête et me fais comprendre qu'elle me remplace.
« A tout à l'heure Blondie ».
« ... Oui, à tout à l'heure » Lançais-je dans un murmure.
Elle ne l'a pas entendu. Elle se retourne et je l'a vois s'éloigner peu à peu dans la foule. Elle titube. Elle a disparu. Je restais un moment au milieu de tout ces gens, Inconnu pour la plupart. Je les détestais tous. Je les regardais, les méprisais du regard. J'attrapais un verre sur la table et le bu d'une traite. La musique résonnait dans ma tête, je ne me sentais pas à ma place. Les lumières tournaient autour de moi. Il fallait que je sorte, que je retrouve Lou. Je me dirigeais une deuxième fois vers la porte de sortie et l'ouvrit. Un bruit de verre résonna. Lou était devant moi.
« Bah qu'es-ce que tu fais là ? » Lui demandais-je sincère.
« J'étais avec lui et ... »
« Lui ? »
Elle se retourne et me montre du doigt derrière elle. Il n'y a que la rue. Vide, Complètement sombre et vide.
_______________Lou
Il est passé déjà trois heures depuis que Blondie m'avait murmuré un simple « je reviens » avant de s'enfuir dans la foule. Une heure que je suis avachie sur ce fauteuil que je partage avec des inconnus qui boivent dans mon verre, qui ose tirer sur ma cigarette, qui caresse mon cou dans des baisers sans émotions, qui remontent la robe sur ma cuisse pour me produire un semblant d'excitation, mais tout ce qui a réussir à m'envahir, c'était un long et amer dégoût envers ces hommes inconscients, envers cette vie de débauche que je ne pouvais pas négliger non plus. Une sorte de piège mélangeant alcool et fumée rugueuse. D'une main je me retire et m'avance vers la sortie, les yeux brouillés et les jambes tremblantes. Si j'aurais put, je me serais déjà effondrée à terre, tellement que je ne supportais plus l'endroit, tellement que je ne pouvais plus vivre à cette allure. Mais une main se presse contre mon épaule, je me retourne trop brusquement, éclaboussant les danseurs de mon verre. C'était Blondie. Ils osent riposter, je leurs réponds d'un regard haineux, ils se taisent. Quel pouvoir. Elle me regarde avec ses grands yeux bleus, presque trop innocents et doucement me dit :
« Je suis de retour. Désolé du temps que j'ai mis... »
Elle évite de nouveau mon regard. Je laisse tomber ma tête sur le côté, comme pour essayer de comprendre cette gêne, puis elle reprend :
« Tu es sûre que ca va ? »
Elle m'affronte de nouveau, je réponds d'un hochement de tête, puis lui fait vite comprendre que je la remplace.
« A tout à l'heure Blondie. »
Je me retourne et continu la traversée entre la foule, un peu tibutante, prenant sur un coup de tête un paquet de cigarette qui traîne sur une table avec le verre qui se présente à moi, comme ironiquement. Si je devais être bourré, autant le faire correctement. D'un coup de pied, j'ouvre la porte et la referme d'un coup de coude. Me laissant glisser le long de cette dernière, je m'assoie sur le perron, et laisse tomber le paquet à côté de moi. Tenant fermement l'alcool entre mes doigts, je ferme les yeux pour calmer la tempête qui se forme dans ma tête. Puis je me fais violence pour diriger le verre à mes lèvres, je laisse glisser le liquide brûlant, le long de ma gorge et laisse passer un gémissement. Je le lâche à mes pieds et laisse tomber ma tête entre mes bras ballants. J'avais tellement froid que je tremblais, j'entendais mes dents claquer, et pourtant je n'avais aucune envie de me réchauffer. J'aimais cette sensation de contrer contre soi-même. Et même si j'étais ridicule dans ma robe courte noire et mes bottes de la même couleur en pleins mois de février, j'aimais ca. Dans ma position inerte, j'entends des pas arriver, presque courrant dans la rue déserte. Je ne relève même pas la tête, je me foutais de cette personne, elle me jettera un regard de dégoût et continuera sa vie, son chemin, en oubliant la jeune femme, tremblante et soûle qu'elle a rencontré dans une rue, un certain soir.
« Vous allez bien ? »
Erreur. Il y'avait une chance sur mille qu'il s'arrête et je suis tombée sur lui. « Bravo Lou. » Je ne réponds pas sur le moment, même si je le remettrais à sa place, sa voix me disait étrangement quelque chose. Comme un souvenir bien lointain qui refaisait surface. Je relève doucement la tête. Gagné ; c'était celui de la semaine dernière. Celui qui avait les yeux brûlants, celui qui possédait un visage presque trop parfait. C'était lui de nouveau. C'était Bill.
« Lou ? »
Il m'avait donc reconnu lui aussi. Je lui souri sur le côté en évitant son regard.
« Tu me reconnais ? »
Je hoche la tête avant de laisser mon dos se poser sur la porte de nouveau.
« Tu es sure que ca va ? »
Je pince mes lèvres, en baissant la tête. Ma gorge se serrait, mes yeux s'embuaient de nouveau, et je n'arrivais plus à diriger ces larmes qui se préparaient peu à peu. De ma paume je chasse les premières gouttes, il s'approche.
« Lou ? »
« OUI ! Oui ca va ! Je n'ai pas besoin de toi. »
Il recule. Ma voix déraillait d'émotion, donnant mon rejet comme ridicule. J'enfonce mon visage dans mes paumes et laisse passer le trouble dans un bruit interminable. Je me laisse tomber, couchée sur le béton, ramenant mes jambes contre moi, je me sentais plus vivre, c'était horrible. L'alcool produisait ces effets néfastes sur moi, que lorsque je le décidais, mais ce soir tout avait échappé à la règle. Ma tête tournait et je pleurais sans raisons. Non, rectification, je pleurais parce que je pouvais rien faire contre tout ça. Il revient vers moi. Je lui demande de me laisser tranquille, aucun bruit, jusqu'à ce que je sente ses mains se poser sur ma taille et l'autre relever ma tête pour me maintenir droite. J'étouffe un cri, ouvrant les yeux et de mes mains le repoussent afin qu'il me lâche. Je ressentais de nouveau la douce force de ses doigts qui se crispaient à ma chaire et j'en frissonnais à travers mes coups.
« Laisse toi faire... » Murmure t-il dans le creux de mon oreille.
Je le regarde revenir vers mon visage et ressent de nouveau cette hypnotisation dont il a le don. Ses yeux basculaient de droit à gauche comme pour cerner les miens, ses lèvres pâles entrouvertes semblaient prêtes à parler et pourtant il se taisait. Comme il avait réussi avec moi. Un long silence plana autour de nous. Puis doucement, très lentement, il me releva d'une étreinte pour que je puisse revenir sur mes jambes. Je m'affale dans ses bras, c'était comme ci toute la force de mon corps s'était envolée et j'aspirais l'odeur de son cou, comme si c'était vital. Je roulais mon visage dans son col, c'était doux, c'était reposant. Il resserra ses bras autour de mon dos et je rapprochai ma taille de la sienne.
« Et là ? Ca va ? »
« Oui... »
Je le senti sourire puis placé son menton sur le haut de ma tête. Depuis combien de temps je n'avais pas eu le droit à une aussi douce attention ? Si j'aurais put, je serais restée toute la nuit dans ses bras, à sentir son odeur qui apaisait mes sens torturés. Mais la porte s'ouvrit derrière moi, mon verre encore rempli se renversa sur les escaliers en bétons dans un bruit cristallin, et je me tourne brutalement, déchirant notre lien. Un vent frais se leva à sa vue. C'était Blondie à ma recherche.
« Bah qu'est ce que tu fais ? » Me demande t-elle avec un sourire sincère.
« J'étais avec lui et... »
« Lui ? »
Je montre du doigt derrière moi et me retourne vers la rue. Vide. Complètement sombre et vide.